Quelles pratiques d’évaluation au service de l’apprentissage ?

Toutes les informations suivantes sont issues du Mooc « l’innovation pédagogique dont vous êtes le héros » créé par l’université de Mons et diffusé sur la plateforme « funmooc ».

1-  Qu’est-ce que l’évaluation  ?

Les démarches d’évaluation sont celles qui ont le plus d’impact sur l’apprentissage des élèves

Le processus d’évaluation articule toujours 3 éléments clefs : une tâche proposée aux apprenants, une production qu’il réalise et des informations obtenues par observations qui permettent d’indiquer à l’apprenant la différence entre l’attend et ce qu’il a fait. On compare la production/la démarche de l’élève et un référent qui peut être un objectif, un critère ou une condition.

La concordance entre la production et la référence permet de produire des éléments utiles pour l’enseignant et surtout pour l’élève car cela lui indique s’il est proche ou pas de l’objectif visé

Plusieurs questions se posent :

  • Qui observe ou/et évalue ?
  • De quelle manière est réalisé le traitement des informations issues de la production ?
  • A quel moment évalue-t-on ?
  • Quelle forme peut prendre la rétroaction ?
  • Pourquoi réalise-t-on la rétroaction ? Quel est son sens ? La question du pourquoi est en lien avec le moment de l’évaluation

2- Quand et pourquoi évaluer ?

Il y a 3 moments clefs pour mettre en place l’évaluation

  • Avant l’apprentissage : elle permet de savoir si l’apprenant possède les bons prérequis et quelles sont ses représentations initiales, ce qu’il croit savoir. Ces représentations, si elles sont fausses, pourront gêner l’apprentissage. On parle d’évaluation diagnostique. Elle permet à l’enseignant d’organiser l’apprentissage en conséquence
  • Pendant l’apprentissage: informer l’apprenant pour savoir s’il est en voie d’atteindre les objectifs. On parle d’évaluation régulatrice.

Ces 2 évaluations sont formatives : elles aident l’élève à voir s’il va atteindre les objectifs fixés par l’enseignant, l’aider à voir le chemin qui lui reste à parcourir, lui indiquer comment remédier aux difficultés s’il y en a.

L’application Plickers peut permettre de faire cette évaluation en classe et de structurer les résultats pour le professeur. Il voit facilement où en sont les élèves individuellement et quels sont les points mal compris. Plickers ne permet que de poser des questions fermées malheureusement.

La préparation de questions par les élèves avant la classe (classe inversée) peut aussi être intéressante. Les jeux cadre Thiagi peuvent aider l’enseignant à créer des activités de questionnement. En fonction des questions posées, l’enseignant se rend compte du degré de compréhension des élèves sur le contenu. Enfin, un document collaboratif (type googledoc) peut permettre de saisir toutes les questions et de voter pour les plus pertinentes pour le groupe classe.

  • Après l’apprentissage: vérifier la maîtrise des compétences. L’évaluation sommative dresse le bilan des acquis, l’évaluation certificative valide ce bilan et donne une reconnaissance sociale.

L’évaluation certificative peut aussi être faite par le professeur dans le même esprit que Freinet qui certifie l’acquisition de compétences par certains élèves et le fait savoir dans un souci de partage collaboratif. (Ce sont les badges de la formation à distance). L’arbre de compétences sera une façon imagée de visualiser l’ensemble des brevets acquis par l’élève. L’arbre permet de visualiser qui sait quoi dans la classe et de créer un climat d’entraide entre les élèves. C’est la même idée que le portfolio qui reprend les réalisations des élèves accompagnés de commentaires, qui retrace l’histoire de l’apprentissage de l’élève, et qui met en évidence les progrès de l’élève.

On peut enfin croiser les informations (avant, pendant et après), cela permet d’analyser de manière objective les progrès de l’élève. On parle d’évaluation ipsative qui vise à comparer les apprentissages de l’apprenant et non de comparer les apprenants entre eux (évaluation normative). Pour réaliser cette évaluation, il convient de faire un pré test avant l’apprentissage et un post test à la fin.

3- Qui évalue et qui observe ?

Ce n’est pas toujours l’enseignant qui observe.

  • L’élève peut s’autoévaluer. C’est une des pratiques selon Hattie qui a le plus d’effets sur la qualité de l’apprentissage. La pratique des flashcard est une bonne façon de développer cette autoévaluation.
  • Les élèves entre eux (évaluation par les pairs). Les documents partagés facilitent cette approche car ils permettent les commentaires dans différentes zones de texte. L’enseignant accompagne et guide ce travail. Cette évaluation est parfois remise en question par les apprenants qui s’interrogent sur la légitimité des évaluateurs. Il est donc important que le professeur fournisse des critères d’évaluation univoque. Ce n’est pas une évaluation, systématique et elle ne peut avoir lieu que si les élèves sont bien formés.
  • Un système externe à la classe (les logiciels)

4- Comment évaluer ?

Il y a deux manières d’évaluer :

On peut soit évaluer les élèves les uns avec les autres. On parle d’évaluation normative. On compare l’élève à la moyenne d’un groupe d’élève ayant effectué la même tâche (la moyenne de la classe). Il est prouvé que dans ce cas l’enseignant tend à conserver la même distribution gaussienne de résultats d’année en année. Deux élèves moyens obtiendront des résultats différents à une même évaluation selon qu’ils appartiennent à une classe faible ou forte. Si la majorité des élèves est en difficulté, cette élève a plus de chance d’être surévalué, et inversement. Ce mode d’évaluation entraîne la compétition, n’aide pas l’élève à progresser et entraîne un système de comparaison qui peut être un frein à la collaboration

 

On peut sinon évaluer en fonction d’objectifs à atteindre (évaluation critériée). Celle-ci aide l’apprenant à se situer en fonction de buts proposés par l’apprentissage. On peut ensuite plus facilement proposer des remédiations en fonction des compétences non atteintes. Ce traitement qualitatif et non quantitatif permet une meilleure compréhension de la progression de l’apprenant.

5- Comment analyser le contenu des évaluations ?

L’apprenant peut faire face à plusieurs problèmes que l’enseignant doit mettre en évidence :

  • comment faire? L’élève n’a pas la connaissance nécessaire pour réaliser la tâche. Il doit apprendre la compétence nécessaire.
  • quelles compétences mobilisées ? Il lui manque des exemples concrets pour savoir quand utiliser cette compétence. L’élève n’a pas compris la généralisation des exemples.
  • L’apprenant a la bonne connaissance mais fait des erreurs quant à sa mise en œuvre (problème attentionnel, ou automatisme non acquis)
  • L’apprenant mobilise la mauvaise connaissance (problème de compréhension de la consigne ou d’un problème plus profond d’un manque de maitrise de la compétence)

 

Il est donc important de ne pas faire une analyse dichotomique du résultat (correct/incorrect) mais d’indiquer à l’élève le type de problème rencontré.

6- Quelle rétroaction doit-on donner aux apprenants ?

La rétroaction est un facteur clef de la réussite selon Hattie. Il faut donc indiquer aux élèves si les productions sont adéquates par rapport à l’attendu. L’objectif est de réduire les écarts entre le travail réalisé et la performance réalisée. Elle doit porter sur la production et pas sur la personne ! Pour Hattie et TImperley, l’évaluateur doit donner 3 réponses à l’apprenant :

  • Où vais-je ? Les objectifs par rapport à la tâche doivent être clarifiée et reformulés. C’est un retour qui porte sur la progression dans l’apprentissage
  • Comment y vais-je ? Mettre en avant les objectifs atteints et les objectifs qui posent problème en analysant les types d’erreur réalisées (voir au-dessus).

On peut utiliser du matériel mobile pour évaluer certaines compétences (vidéos par exemple ou thinglink qui permet d’annoter des documents multimédia), les correcteurs (comme antidote qui explique le pourquoi de l’erreur en français par exemple)

  • Que faire ensuite ? L’apprentissage est souvent basé sur une succession d’étapes. L’important est de préciser ce qu’il convient de faire pour atteindre l’objectif.

Le feed back doit permettre à l’élève de se situer sur le chemin de la connaissance (exemple : les ceintures de compétences de Freinet qui informent l’élève sur les compétences qu’il possède déjà, en valorisant les réussites et  ce qui lui reste à réaliser dans le développement de la compétence). Un tableau indiquant les différents niveaux de maitrise des élèves est intéressant. Elle aide l’élève à mieux se situer à savoir quels sont les efforts à fournir.

Les types de feed back n’ont pas tous le même impact sur l’élève :

Pour Hattie et Timberley, le feed back le plus efficace serait celui où le professeur donne des informations sur ce qu’il faut faire et passe par la relance à travers d’indices (exemple : rappel de la technique à utiliser).

La focalisation sur la réussite sur le « comment y vais-je », sur la qualité est plus efficace que de se centrer sur les erreurs.

Concernant le délai, tout dépend la tâche. Un délai important pour des tâches de bas niveau cognitif est pénalisant

 

L’évaluation ne doit pas être un moyen de pression et de sanction mais plutôt comme un outil d’amélioration et dans ce cas, cela peut agir sur la motivation de l’élève et à l’orienter dans des buts de maitrise de cet apprentissage. Cette évaluation peut permettre une remise en question de l’enseignant qui peut ensuite proposer d’autres méthodes pour emmener sa classe à la réussite.

D’autres idées intéressantes sur l’évaluation (source Alain Thiry « apprendre à apprendre avec la PNL »)

  • L’évaluation pour être efficace doit être fréquente, immédiate et précise (on ne s’arrête pas à ” tu dois faire des efforts en mathématiques” par exemple)
  • Le feed back doit toujours porter sur des comportements, ou sur l’environnement de l’élève et jamais sur ce qu’il est.
  • Une évaluation doit toujours comporter 3 éléments positifs et une à améliorer
  • L’évaluation permet de comparer « soi à soi » à travers le temps et pas soi aux autres, ou soi à un soi idéal.
  • Une évaluation doit être donnée par une personne que l’élève perçoit comme bienveillante et compétente. Dans l’idéal, pour un bilan de fin de période, c’est l’élève qui choisit la personne qui lui fait son feedback.

 

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