Les facteurs de réussite d’une année scolaire

Pour commencer l’année scolaire, j’ai dans mon emploi du temps une heure d’AP dans laquelle je ne sais pas quels élèves je vais retrouver. J’ai bien entendu mis au point un programme pour le reste de l’année mais cela nécessitera la création des groupes. Mardi, il faut que je leur propose de la méthodologie sans les connaitre.

J’ai réfléchi et je me suis dis que leur donner des outils tout prêts sans connaitre leur niveau et leurs attentes ne servirait à rien.

Je me suis donc demandée quoi faire. En ce début d’année, je me suis dis que j’avais en face de moi des « pages blanches » et des terminales en plus. Peut-être que quelques éléments sur les facteurs de réussites d’une année scolaires seraient intéressants.

J’ai donc essayé de faire une petite synthèse de toutes les formations, vidéos, articles et j’ai essayé d’en prendre les idées qui m’avait marquée.

Je me suis aussi interrogée sur des exemples d’élèves qui avait réussi et d’autres qui avaient échoués. Personne n’apprécie être en échec et donc quelques conseils (très subjectifs et qui n’engagent que moi) peuvent être utiles.  Je suis consciente que je ne fais que lister des conseils et que je ne donne pas de recettes magiques. Mais peut être qu’en étant plus conscients de ces facteurs, on peut plus facilement agir dessus. Mon objectif est d’arriver par le questionnement à leur faire découvrir et préciser ses éléments dans un remier temps. Et puis dans un second temps, d’arriver à voir dans leur cas quels éléments ils doivent travailler en priorité.

1) La motivation

Cela parait assez évident mais rien ne sert de donner des méthodes si on ne s’est pas assuré que nos élèves sont motivés. Comme une de mes collègues me l’a fait remarquer, il est difficile de motiver les élèves, la motivation vient d’eux. La motivation est une force qui nous pousse à agir. Comment aider les élèves à créer cette force ? Je me suis tellement posée cette question ! Ma seule réponse pour l’instant est de faire comprendre ce qu’est la motivation et comment agir dessus. Il y a beaucoup de facteurs importants et j’ai déjà fait de nombreux résumés à ce sujet mais voici les 3 facteurs qui me paraissent le plus importants :

# Un objectif

Il est impossible de réussir si on ne sait pas où on va. Certains élèves le savent depuis qu’ils sont au collège. Je veux être médecin, je veux réussir pour faire plaisir à mes parents etc… Il n’y a pas de bons ou mauvais objectifs, mais pour ceux qui n’en ont pas ou plus (plus trop envie de faire plaisir à maman à 17 ans), je dois les aider à réfléchir. Voici les critères d’un bon objectif

  • Clair et précis : je veux réussir mon bac avec une mention par exemple.
  • Qui commence maintenant : je me mets au travail dès maintenant et pas demain.
  • Sans verrou: je crois au fond de moi que je peux y arriver, je ne l’écris pas pour faire plaisir à quelqu’un ou pour me donner bonne conscience.
  • Critère défini : je sais pourquoi je veux atteindre cet objectif.
  • Vérifiable sensoriellement: je sens qu’au fond de moi, c’est le bon objectif, c’est vraiment ce que j’ai envie de faire.
  • Contextualisé: je sais comment faire pour y arriver.
  • Écologique : je sais au fond de moi que j’ai tout à gagner en réalisant cet objectif. Par exemple si je réussis mon bac, je sais que je vais devoir partir de chez mes parents, laisser mes amis et je suis sûr(e) que c’est ce que j’ai envie de faire.

# les bonnes stratégies

C’est le rôle du professeur d’apprendre à l’élève comment réussir à atteindre cet objectif en lui donnant les bonnes explications, les bonnes méthodes de travail, l’invitant à se questionner pour être sûr qu’il a compris, en l’entrainant dans l’apprentissage de cette stratégie. Sur ce point, nous pouvons agir de manière très claire. Il est important de dire aux élèves que nous savons comment les faire réussir et qu’en nous faisant confiance et en appliquant nos conseils, ils réussiront.

#Les croyances

Certaines croyances nous font avancer. C’est le fameux mindset de Carol Dweck (l’esprit de croissance). L’élève a compris qu’il n’y arrive pas encore mais que tout est possible en continuant à s’améliorer. Par contre, certaines croyances ne nous permettent pas d’atteindre nos objectifs :

  • « Laissez moi tranquille , je gère».  Il est important que l’élève nous démontre que toutes les conditions majeures sont respectées pour atteindre l’objectif. Il peut être bon si nécessaire de rappeler quelles sont les étapes intermédiaires et si ces étapes permettre d’atteindre l’objectif.
  • C’est trop difficile, je n’y arriverai jamais. Il s’agit là aussi de faire un chemin similaire et diviser la tâche impossible en plusieurs sous tâches atteignables.
  • Je suis nul(le): on ne peut pas être nul, on peut être grande, brune, allemande etc… On n’arrive pas encore à réaliser une tâche, et là aussi laquelle, il faut préciser puis découper pour arriver à voir ce sur quoi il faut agir.
  • C’est trop tard, je n’y arriverai jamais. Là aussi c’est une question d’état d’esprit. Trop tard par rapport à quoi ? Pourquoi ? Démontrer qu’un projet similaire ou une autre route peut être possible.
  • Il faut que…: qui dit cela ? Ou est-ce écrit ? Que se passerait-il si l’élève en le faisait pas ?

 

2) Les émotions

Certaines émotions positives permettent d’avancer, et même le stress à condition qu’il soit de bonne qualité. D’autres par contre empêchent d’avancer (la peur, la colère), il faut parfois savoir attendre, passer à un autre sentiment avant de se mettre au travail

Il faut aussi savoir s’entourer des bonnes personnes. Nos amis ne nous permettent pas toujours d’atteindre nos objectifs. Si mes amis ne révisent pas avant un contrôle, il ne conforte dans l’idée que cela ne sert à rien. S’ils se plaignent toujours, cela peut me rendre morose. Au contraire, des personnes avec des projets, qui avancent peuvent m’influencer pour changer. Cela ne veut pas dire que je dois changer d’amis, mais peut être voir certaines personnes à certains moments et m’entourer d’autres personnes à d’autres moments. Il est aussi fondamental de savoir demander de l’aide quand on ne comprend pas, que l’on ne sait pas faire. Cette aide doit venir de personne capable de me la donner.

3) Le comportement

Le comportement doit aussi être adapter à une situation de réussite :

  • La gestion du temps. Arriver à l’heure en cours s’apprend. Les retards n’apportent rien (mauvaises émotions, difficultés à prendre le cours en route, gène des autres…). La gestion du temps à la maison est aussi importante. Il convient d`être réaliste sur le temps à passer sur le travail à faire. Rien ne vaut une « to do list » quand on rentre avec une estimation réaliste du temps. Cette estimation n’est pas facile et nécessite un peu d’habitude. On évite le last minute aussi et on révise régulièrement.
  • La gestion du matériel. Difficile de réussir quand on n’a ni son livre, ni de feuilles, ni sa trousse. En début d’année, on s’équipe et on laisse du matériel qui fonctionne dans son sac. On prend aussi de bonnes habitudes très tôt en rangeant ses cours au bon endroit de manière à pouvoir les retrouver.
  • Les efforts. Comme il est dit dans la vidéo d’Angela Lee Duckworth, le goût de l’effort est une des caractéristiques majeures des élèves qui réussissent. Il y a certaines stratégies qui s’acquièrent avec beaucoup de temps car on n’arrive pas naturellement à les réaliser les premières fois. Le gout de l’effort s’acquiert avec la pratique. Certes, ce n’est pas forcément un sentiment agréable au départ et l’effort peut être ingrat. Pour certaines personnes, réussir vient avec beaucoup d’efforts alors que pour d’autres beaucoup moins. Il faut dans ce cas se fixer des objectifs réalistes, atteignables mais malgré tout qui permettent de sortir hors de sa zone de confort.

4) L’environnement

L’environnement est aussi important pour réussir. Il faut agir au maximum sur celui-ci pour favoriser l’attention.

A l’école, certains élèves savent très bien que certaines places dans la classe leur sont défavorables. A la maison, il est important de savoir où l’on peut travailler dans de bonnes conditions. Le lit est un lieu où on dort et pas un lieu on travaille.  Est-ce que la musique, les vidéos me permettent d’apprendre dans de bonnes conditions ? Est-ce que recopier mes exercices dans les couloirs du lycée me sert vraiment à quelque chose ?

Je maitrise mon portable et je n’en suis pas l’esclave. Beaucoup d’entre nous ont une addiction au portable. Une notification me déconcentre. Mieux vaut me fixer 10/15 minutes de travail avec mon téléphone loin de moi puis une petite vérification pour me féliciter plutôt que de le poser à côté de moi.

 

Les 2 idées clefs à retenir

On ne peut pas réussir si on n’a pas un objectif clairement défini

On ne peut pas atteindre cet objectif sans mentalité de croissance : stratégie+effort+accompagnement

 

CAS PRATIQUES

# Une étudiante qui réussit…

Une de mes étudiantes, F,  arrive au lycée l’an dernier, sa famille est loin elle habite seule, le français n’est pas sa langue maternelle. Ses premières évaluations sont catastrophiques aussi bien à l’écrit qu’à l’oral.

Lors d’une épreuve pour l’examen, elle doit réaliser un projet. Elle choisit d’axer ce projet sur le territoire d’où elle vient. Ce projet lui plait énormément, même s’il est très théorique et nécessite de nombreuses recherches. Son niveau de langue la pénalise mais les professeurs sont contents de son travail et la félicite pour ses efforts. Elle respecte les délais et suit à la lettre les conseils pour améliorer ce projet et le reste de son travail. Pendant ce temps en classe, elle ne lâche pas prise. Elle a déjà redoublé une année et cette formation est un peu sa dernière chance. Elle décide de demander de l’aide à certains étudiants quand elle est perdue. La classe est très solidaire et les meilleurs étudiants jouent le jeu. En janvier lors de son stage, elle rentre sur son territoire. Elle parle de son projet à une personne qui est très intéressée et qui lui propose de le réaliser concrètement après son examen. Il apporte des modifications qu’elle propose aux professeurs. Ceux-ci sont ravis de son initiative. Plus l’examen approche, plus elle redouble d’efforts. Les notes progressent très doucement et elle s’approche de la moyenne. Elle fait chaque entraiment proposé par les professeurs, vient aux séances de révision malgré les 45 minutes de bus à l’aller et au retour.

Lors du jury après les examens, les professeurs sont très inquiets, malgré son travail les résultats sont très justes. Tous les noms des candidats qui ont réussi sont annoncés et son nom n’arrivent pas. Les professeurs pensent qu’elle sera soit au rattrapage, soit qu’elle aura échoué à son examen. Et enfin, son nom est prononcé et ce n’est pas le dernier. Elle a réussi sans session de rattrapage, à obtenir son diplôme.

Pourquoi a-t-elle reussi ? Tous les facteurs sont réunis. F a un objectif qui devient de plus en plus clair. Au départ son objectif est de ne pas échouer une deuxième fois, il devient « réussir pour mettre en œuvre mon projet », F ne rechigne pas devant les efforts et devant les échecs. Elle travaille sans arrêt malgré l’ingratitude des résultats. Elle choisit de se faire accompagner, de poser les questions afin de maîtriser les stratégies nécessaires. Son objectif est réaliste : elle veut réussir même si ce n’est qu’a minima.

# Et une autre qui démissionne…

Une autre élève de terminales est passée en STT à l’époque un peu par hasard chaque année. Elle ne sait pas vraiment pourquoi elle est là. Sa seule passion, ce sont les chevaux. Ses parents ne s’intéressent pas vraiment à ses études car ils n’en n’ont pas fait eux même et estiment ne pas être au niveau. En plus ils travaillent beaucoup Elle a bien essayé de travailler un peu mais les notes sont toujours les mêmes, efforts ou non. Ses amis sortent beaucoup et cela est tellement plus gratifiant et plaisant. L’école l’ennuie. Elle a par contre beaucoup d’affinités avec moi et aime la matière que je lui enseigne. Nous passons un contrat pour qu’elle se mette au travail car le bac approche. Elle décide de changer d’attitude et de se mettre sérieusement au travail. Pendant un mois, elle s’assoit devant et passe du temps avec moi. Mais rien ne se passe et les résultats ne s’améliorent pas. Début décembre, elle jette l’éponge et abandonne sa formation.

Pourquoi ? Certes pendant longtemps, Laetitia n’a pas eu ni objectif, ni accompagnement, et n’a retenu aucune stratégie transmise par ses professeurs. Ses efforts, elle les a orientés vers le cheval et non l’école.

En terminale, certains éléments nouveaux apparaissent. Elle a désormais du soutien et donc un accompagnement positif de son professeur qui essaye de lui donner les stratégies. Un objectif modeste apparait : je veux réussir pour faire plaisir à mon professeur. Malheureusement les lacunes sont énormes et forcement la période d’efforts trop courte pour être efficace. Les croyances sont bien ancrées ; je suis nulle ! Mieux vaut que je ne travaille pas comme cela je me cache. La réussite de Laetitia aurait été possible avec des efforts sur une durée bien plus longue, un accompagnement plus fort et un objectif plus intrinsèque.

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