Démarrer en métacognition

Je vais résumer ici un article du Cambridge Assessment International Education qui s’appelle Getting started with metacognition que vous trouverez ici.

QU’EST-CE QUE LA METACOGNITION ?

La métacognition est la manière avec laquelle les élèves planifie, contrôle et évalue leur manière de penser lorsqu’ils apprennent. Notre rôle est donc de les aider :

– à prendre conscience de ces stratégies qui existent et qu’ils peuvent utiliser (exemple : lire le texte en diagonale m’aide à comprendre le sens général), et de leurs capacités/compétences en général (exemple j’ai du mal à retenir les dates) ou de manière spécifique (les idées de ce texte sont complexes). On parle de la connaissance métacognitive.

-À évaluer si ces stratégies fonctionnent ou s’il faut les modifier pour atteindre son objectif, et enfin s’ils ont atteint leur objectif d’apprentissage. On parle de la régulation métacognitive

Ce processus leur permet de prendre conscience de leur comportement et de leur pensée.

Ce processus comporte donc 3 étapes.

Etape 1 : la planification

Les apprenants comprennent l’objectif d’apprentissage que le professeur leur a fixé, et réfléchissent aux stratégies qu’ils vont pouvoir utiliser. Pour les aider, on peut encourager les élèves à se poser les questions suivantes :

Que me demande-t-on de faire ?

Quelles stratégies vais-je utiliser ?

Ai-je utilisé des stratégies précédemment qui pourraient être utiles ?

Etape 2 : le contrôle

Durant cette phase les élèves mettent en place leur stratégie en ne perdant pas de vue leur objectif. Ils peuvent d’ailleurs être amenés à modifier ces stratégies.

Pour les aider, on peut encourager les élèves à se poser les questions suivantes :

Est-ce que la stratégie que j’utilise fonctionne ? Puis je essayer une autre manière ?

Etape 3 :l’évaluation

Durant cette phase, les élèves évaluent si la stratégie mise en place a fonctionné.

Pour les aider, on peut encourager les élèves à se poser les questions suivantes :

Est-ce que j’ai réussi ? Qu’est ce qui ne s’est pas bien passé et que je pourrais améliorer la prochaine fois ? Qu’est ce qui s’est bien passé ? Dans quel contexte puis je utiliser à nouveau ces stratégies ?

 Ce processus ne fonctionne que si les apprenants sont encouragés à s’interroger.

Conclusion : le professeur doit

  • Être très clair sur les objectifs d’apprentissage et les communiquer aux élèves
  • Les encourager à se poser des questions tout au long de leur processus d’apprentissage.

QUE DIT LA RECHERCHE AU SUJET DE LA MÉTACOGNITION ?

Les psychologues de la l’éducation s’intéressent depuis longtemps à ce processus et c’est aujourd’hui un thème de recherche transdisciplinaire,

Un des premiers chercheurs à s’intéresser au sujet est l’américain John Flavell lors de ses recherches sur la connaissance et le contrôle des processus de mémorisation des élèves. Il n’était néanmoins pas le premier. Depuis le début du 20eme siècle, de nombreux chercheurs ont mis en évidence l’importance du contrôle et de l’évaluation dans le processus de lecture par exemple.

Le psychologue russe Lev Vygotsky (1896–1934) a développé des théories que l’on peut appeler métacognitive. Il a développé l’idée de la zone proximale de développement. Cette zone se trouve entre ce qu’un apprenant peut atteindre seul et avec l’aide d’un expert de l’apprentissage. L’expert au départ a la responsabilité de mettre en évidence les progrès, il fixe des objectifs, planifie des activités et dirige l’attention des apprenants. Petit à petit l’apprenant fait ce travail seul en régulant lui-même c’est propre activité cognitive. ON parlerait aujourd’hui de développement métacognitif

Conclusion. Le professeur doit

  • Évaluer de manière précise les progrès réalisés et être sûr que l’élève le sache
  • Fixer des objectifs clairs et précis
  • Planifier des activités qui ont pour but d’atteindre ces objectifs précis
  • Guider l’apprenant dans la régulation de son attention (le niveau d’attention ne peut pas être maximal tout le cours)

Ces processus sont donc fondamentaux dans les apprentissages. Ils incluent la mémorisation, l’attention, l’activation de connaissances préalables et l’utilisation de stratégies cognitives pour résoudre un problème ou réaliser une tâche.

Une des défis les plus importants des enseignants est de reconnaitre si leurs élèves comprennent bien leur processus d’apprentissage.

David Perkins (1992) a identifié 4 niveaux d’apprenants métacognitifs :

  • Les apprenants tacites: ils ne sont pas conscients de leur processus d’apprentissage et n’envisagent aucune stratégie spécifique. Selon les cas, ils savent ou pas et ne se questionnent pas. Exemple Je ne suis pas bon en maths, pas la peine que je réfléchisse
  • Les apprenants conscients ont quelques idées sur leurs stratégies comme réfléchir à des idées, les justifier etc…mais le processus n’est pas forcément réfléchi.
  • Les apprenants stratégiques organisent leur pensée en utilisant consciemment un ensemble de stratégies qu’ils ont apprises (exemple la résolution de problème, grouper et classifier les idées). Ils ont les bons outils mais ne réfléchissent pas vraiment à leurs stratégies. Cela ne sont intéressés que si la méthode est utile pour l’examen.
  • Les apprenants réflexifs sont conscients de leurs stratégies mais évaluent aussi leur efficacité durant leur utilisation et les adaptent. Ils sont plus performants que les stratégiques dans des environnements moins familiers

Une fois que l’enseignant sait dans quelle catégorie se trouve l’apprenant il peut mettre en place des stratégies.

Trop souvent, on apprend aux élèves quoi penser et non comment penser OCDE 2014

QUELS SONT LES BIENFAITS DE LA METACOGNITION ?

  • Aider les élèves à être des apprenants indépendants
  • Permettre aux élèves qui utilisent correctement les stratégies d’apprendre plus
  • La métacognition est utile à tous les âges et dans des sujets variés
  • La métacognition est simple et peu chère à mettre en place. Il suffit que les enseignants y soient formés.

De fausses idées reçues :

  • La métacognition c’est simplement penser à penser.

Même si cela est le principe de base, la métacognition va plus loin. Une part importante de la métacognition c’est le contrôle de son apprentissage et de mettre en place des changements quand les stratégies ne fonctionnent pas.

  • N’importe quelle stratégie utilisée lors d’une tâche cognitive est métacognitive

Ce n’est pas toujours le cas. Par exemple utiliser les sons pour décoder un mot inconnu lors de la lecture est une stratégie cognitive. Flavell (1981) fait la distinction entre les 2 : les stratégies pour faire des progrès cognitifs sont des stratégies cognitives. Les stratégies pour contrôler les progrès cognitifs sont des stratégies métacognitives.

  • L’enseignant n’a aucun rôle à jouer dans les pratiques métacognitives de l’apprenant.

Même si la métacognition a pour objectif de permettre à l’apprenant de contrôler ses apprentissages, c’est à l’enseignant de lui apprendre ces techniques en fixant des objectifs clairs, en montrant et expliquant des stratégies cognitives et en encourageant les apprenants

  • La métacognition n’est applicable qu’aux apprenants d’un certain âge.

Certains chercheurs (Veenman and Spaans 2005) pensent que la stratégie métacognitive ne sont pas pas accessibles aux apprenants avant 8 ou 10 ans. Cependant Whitebread and Pino Pasternak (2010) ont mis en évidence de nombreuses études démontrant les habilités métacognitives des jeunes enfants (les enfants de 18 mois sont capables de stratégies de correction d’erreurs, des enfants de 5 ans sont conscients de l’oubli et des enfants de 3 à 5 ans montrent des indicateurs verbaux et non verbaux de processus metacognitif dès la crèche et la maternelle). Ces études montrent que même si les enfants ne sont pas capables de décrire les processus méta cognitifs utilisés, cela ne veut pas dire que ces processus n’ont pas lieu.

LA METACOGNITION EN PRATIQUE

Une approche métacognitive signifie que les élèves appliquent des stratégies métacognitives pour répondre à des objectifs clairs et explicits fixés soit par le professeur soit par l’apprenant lui-même.

Les élèves utilisent leur stratégie pour planifier, contrôler, et évaluer leur propre progrès pour atteindre ces objectifs.

Pour mettre en place une approche métacognitive, les apprenants ont besoin d’avoir accès à

  • Des stratégies à utiliser
  • Un environnement de classe qui encourage les apprenants à utiliser , explorer et développer leur techniques métacognitives.
  1. Des stratégies

Les apprenants ont besoin d’objectifs d’apprentissage clairs pour leur permettre de mettre en place ces stratégies et contrôler leur progrès. Les stratégies peuvent être appliqués dans des différents domaines. Par exemple, des stratégies utilisées en mathématiques peuvent aussi être appliqués en langues. Discuter ces stratégies en classe est très utile pour les apprenants (impact sur leur apprentissage et pourquoi elles fonctionnent)

On pourra trouver des exemples de stratégie qui encourage la métacognition (en anglais) ici.

Voici des exemples de stratégies qui peuvent être utiliser dans toutes les matières

  • Des mnémoniques. Utile pour des apprentissages simples
    • Dans des expressions ou des mots
    • Avec des images (exemple on se sert de ses mains pour se rappeler du nombre de jours dans un mois)
  • Un journal de pensées où les élèves
    • Notent les idées des cours
    • Pensent à des questions en lien avec ce qu’ils ont entendu
    • Résume des livres, articles
    • Réfléchissent et mettent en relation des idées présentées à différents moments, dans différentes matières.

(Costa, Bellanca and Fogarty 1992)

  • L’enseignement réciproque.

En petit groupe, le professeur utilise 4 stratégies pour encourager la compréhension de lecture

  • Questionner
  • Clarifier
  • Résumer
  • Prédire

Le professeur demande ensuite aux élèves de prendre le rôle du professeur et d’apprendre ces stratégies aux autres élèves

  • Discussions métacognitives

Il s’agit là d’encourager l’apprenant à dire à voix haute ce à quoi ils pensent lorsqu’ils font des tâches métacognitives. Même cela peut être bruyant et dérangeant pour le professeur, cela permet à l’apprenant à se concentrer et à contrôler son processus cognitif tout en l’aidant à mieux connaitre son processus de pensée.

  • Dans la phase de planification, les apprenants se posent la question : qu’est ce que je sais sur ce sujet ?Est ce que j’ai déjà fait des exercices de ce type avant ? Qu’est ce qui a marché avant ?
  • Lors du contrôle, ils peuvent se demander si ce qu’il font est efficace ? S’ils doivent changer de stratégies ? Dois je tenter une autre stratégie ?
  • Lorsqu’ils évaluent ils se demandent : Comment ai-je réussi ? Est-ce que j’ai obtenu les résultats auxquels je m’attendais ? Y a-t-il des choses que je ne comporends toujours pas ? Qu’est ce que je pourrais faire de différents la prochaine fois ?

Les apprenants les plus âgés peuvent être gênés par le fait de se parler à haute voix. Le professeur peut commencer en faisant lui-même l’activité à haute voix. Cela peut encourager les élèves et leur faire comprendre ce qui est attendu.

  • Les emballages d’examens

Ce sont des documents qui posent des questions pour aider les apprenants à évaluer leur performance. Ils peuvent être donner avant et après le retour des tests/examens/contrôles.

Avant le retour, les apprenants sont encouragés à réfléchir sur la manière avec laquelle ils sont préparés pour le contrôle et les stratégies qu’ils ont utilisées.

Après le retour du contrôle, on peut demander aux apprenants d’analyser le feed back, de classer les erreurs et voir comment ils pourraient se préparer différemment une prochaine fois.

Voici des exemples de questions.

2) Créer un environnement de classe encourageant.

Il faut créer un environnement où il est important de se tromper. C’est en se trompant que l’on apprend. Il faut supprimer le sentiment de peur de se tromper. C’est fondamental. Sans ce principe de base, il est impossible de voir comment on contrôle son apprentissage. Le professeur peut montrer qu’il s’est tromper et montrer ensuite comment il corrige. Exemple : Oups, j’ai oublié le s à tu manges. Pourtant je sais qu’à la seconde personne du sigulier au présent il faut un s, je le corrige tout de suite.

Donc si un élève s’est trompé, lui demander de comprendre son erreur grâce à notre feed back.

Le professeur peut montrer en la pratiquant comme la stratégie fonctionne. Il peut aussi en discuter avec la classe. Quelle méthode peut-on prendre ? y a-t-il d’autres méthodes ? Avez-vous fait des choses avant ou dans d’autres matières qui pourrait nous être utile ?

Voilà une vidéo qui explique comment un professeur le fait dans sa classe.

Voici deux règles simples que les élèves et les professeurs peuvent appliquer dans la classe :

  • On ne parle pas quand quelqu’un parle
  • On ne fait rien qui empêche quelqu’un d’apprendre

LA CHECK LIST DE LA METACOGNITION

  • Ai-je réfléchi à des objectifs d’apprentissage clairs et précis ?

Sans la connaissance de ces objectifs, il est impossible de mettre en place des stratégies efficaces.

  • Comment est-ce que j’encourage mes élèves à contrôler leurs apprentissages ?

Les élèves utilisent souvent des stratégies mais pas forcément la bonne ou la plus efficace. Par exemple, il peut inciter l’élève à voir le moment où il risque de se tromper et comment il peut éviter de le faire.

Durant la tâche, le professeur rappelle les objectifs et les encourage à maintenir leur attention sur ces objectifs

  • Comment puis-je créer des opportunités pour que les apprenants pratiquent de nouvelles stratégies ?

Lorsque vous présentez une nouvelle stratégie/méthode, donnez aux élèves l’opportunité de l’appliquer de manière guidée et autonome (exemple expliquer un problème résolu avant d’en faire seul).

D’autres idées ici.

  • Comment puis-je laisser du temps aux apprenants pour la réflexion sur leurs pratiques ?

Cette réflexion doit permettre aux apprenants de voir comment ils peuvent s’améliorer lors de la prochaine évaluation. Il faut leur donner le temps et les outils pour le faire.

(le journal de pensées peut être utile)

  • Est-ce que mon environnement de classe encourage les pratiques métacognitives ?

Est-ce que le professeur montre ce qu’il faut faire ? Encourage le travail collaboratif ? Encourage la réflexion et l’évaluation des progrès ?

POUR ALLER PLUS LOIN

Voilà 2 activités proposées pour encourager la métacognition lors des activités :

  • Le tableau SVA (en anglais KWL)

S: Qu’est ce que je Sais

V : Qu’est ce que je Veux savoir ?

A : Qu’est ce que j’ai Appris ?

L’objectif de ce tableau est d’organiser les connaissances avant et après le cours (contrôler ce qui a été appris). Ce travail peut se faire seul ou en groupe.

La colonne « qu’est-ce que je sais » permet à l’enseignant de les rendre curieux, vérifier les pré recquis, vérifier qu’il n’y a pas d’idées mal comprises dès le départ, bien faire comprendre les objectifs du cours

La colonne « qu’est-ce que je veux savoir » (que l’on peut encourager avec le QQOQCCP) permet de voir ce qui les intéresse. Cette colonne évolue à chaque leçon. Durant cette phase, le professeur encourage le questionnement pour voir quelle méthode doit être utilisée pour acquérir ces connaissances, voir ce qui fonctionne ou ne fonctionne pas.

La colonne « qu’est ce que j’ai appris » est rempli à la fin de la leçon. Cette colonne peut être comparé pour voir s’il reste des points pas abordés

  • Les niveaux des apprenants métacognitifs

L’objectif de faire passer les apprenants à des niveaux différents. Voir plus haut.

 

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